Autor: Caio Fernando Abreu
Título: ONDE ANDARÁ DULCE VEIGA?, QU’EST DEVENUE DULCE VEIGA?
Idiomas: port, fra
Tradutor: Claire Cayron
Data: 26/12/2004
Lundi
Les Vagins Dentés
1
Caio Fernando Abreu
Je devrais chanter.
M’etouffer de rire ou pleurer, je devrais, mais j’ai désappris ces choses-là. Alors. je pourrais peut-être allumer un cierge, courir à l’église de la Consolation, réciter un Pater, un Ave, un Credo, tout ce que je sais encore, puis glisser une pièce – si j’en avais une et je n’en ai jamais ces derniers temps – dans le tronc métallique «pour les âmes du Purgatoire». Remercier, implorer la grâce, comme au temps où j’avais la foi.
C’etait le bom temps, pensai-je. J’allumai une cigarette. Et ne pris aucune de ces attitudes dramatiques comme si dans un coin il y avait une caméra pour m’épier. Ou Dieu lui-même. Sans juge ni parterre, sans close ni zoom, je restai là, cloué sur place, en ce brûlant début de soirée de février, les yeux sur le téléphone que je venais de raccrocher. Je ne fis même pas un signe de croix et ne levai pas les yeux au ciel. Le minimum, supposai-je, dont on a l’obligation dans ces cas-là même si on ne croit en rien, par réflexe conditionné mystique.
Un mirade avait eu lieu. Un drôle de miracle, mais capital pour quelqu’un qui, comme moi, n’avait pas une riche famille, de l’argent placé, des biens immeubles ou un héritage et ne faisait que tenter de vivre dans une ville infernable comme celle qui bourdonnait dehous, au-delà de la fenêtre encore fermée de l’appartement. Rien d’aussi sensationnel que de retrouver soudain la vue ou de se lever d’un fauteuil roulant, le visage illuminé, avec la légèreté de qui marche sur les eaux. J’étais toujours aussi myope et mês genoux avaient fréquemment la tremblote, je ne sais si de faim chronique ou de pure tristesse, mais yeux et jambes fonctionnaient encore normalement. Les autres parties de mon corps, à dire vsai, un peu moins bien.
Mon cou, que je touchai. Et mon cerveau, par exemple.
Ça suffit, me dis-je à moi-même, planté tout nu dans la pénombre maladive de midi. Pense au miracle, mon vieux. Tout simple, presque insignifiant dans as simplicité, le petit miracle, capable d’apporter quelque apaisement dans la série de soubresauts sans rime ni raison qu’avec une certaine complaisance et sans la moindre originalité j’avais pus l’habitude d’appeler ma vie, portait un nom. Il s’appelait: un emploi.
Je regardai mon visage dans le vieux miroir rayé, les marques dont je ne savais plus si elles appartenaient à la glace ou à ma peau, et je me saluai d’une inclinaison de tête: «Très bien, félicitations. Tu as désormais un emploi.» Mais je n’arrivais pas à sentir le moindre frisson de dignité, le moindre frémissement d’espérance qui pût illuminer mês yeux rouges ou gonfler ma poitrine fatiguée sur laquelle – je ne voulais pas m’en souvenir mais je m’en souvins quand même – moins d’une semaine plus tôt j’avais découvert le premier poil blanc.
Je soupirai.
En vérité, seul un parfait idiot ou quelqu’un de totalement inexpérimenté aurait pu ressentir, je ne dis pas une extase, mais quelque enthousiasme pour avoir obtenu un petit emploi de reporter au Diário da Cidade, peut-être le pire journal au monde. Je pense que je n’étais pas devenu idiot, pas complètement au moins. Et quant à l’expérience, bon, ce visage marqué, encore gonflé de sommeil, avec une barbe de trois jours, m’observant entre les rayures du miroir, semblait en avoir pas mal. Très bien, dit le visage dans la glace, si tu tiens à confronde l’expérience et la décrépitude… Je soupirai de nouveau. Non, chère image, noircir des pages et des pages sur les machines à écrire de ce torchon préinformatique n’était certainement pas un motif pour sauter de joie.
Mais il fallait être content. Quand on veut, on peut. Et je commençais a l’être. En fin de compte, ce pouvait être le premier pas pour m’arrancher au marécage de dépression et d’autocompassion dans lequel je barbotais depuis presque un an. La formule marécage-de-dépression-&-etc. me plut si fort que je faillis chercher un papier pour la noter. Je m’étais défait du vice paranoïa que consistant à imaginer que j’étais constamment filmé ou évalué par un dieu doté d’un ceil à facettes comme celui des mouches, mais pas de celui d’être écrit quelque part. Si j’avais été danseur, peut-être aurais-je imaginé que j’étais, à chaque mouvement, sculpté quelque part? Ah! le geste, véritable apologie esthétique de la forme pure.
C’étrait drôle. Et plutôt schizophrénique. Mais soudain la réalité était devenue moins rhétorique.
«Vous commencez aujourd’hui, mon vieux», avait dit Castilhos au téléphone. De cette voix au fond de laquelle, par une vieille habitude sublittéraire, je pouvais, situer quelque chose que j’aurais nommé complicité douce-amère mais qui n’était rien d’autre qu’un abus de nicotine et de ras-lebol: «Et tâchez de ne pas me faire une merde dès le premier jour, OK? J’ai garanti que vous valiez le coup.»
Etonnant: la veille je m’etais couché dans la peau d’un journaliste de presque quarante ans au chômage, endetté, amer, solitaire et déçu, et je me réveillais le lendemain, comme par magie, avec cette voix du passé m’informant par téléphone que je valais le coup. Dorénavant, une vie bourrée de faits. Action, mouvement, dynamisme. Clap! Dieu passe à une autre page de son éternel, et ennuyeux, scénario. Le sculpteur fait sauter un nouvel éclat de marbre.
Je mis l’eau à chauffer pour le café – des champignons blanchâtres croissaient dans l’humidité de la cuisine. Sympathiques, presque bucoliques. J’ouvris la radio, passai sous la douche. L’appartement était si petit qu’on pouvait faire tout ça presque en même temps. D’une main je me savonnais la tête, de l’autre je réglais le volume de la radio dans la pièce, tandis que je tendais já jambe pour éteindre le gaz quand l’eau bouillait.
Allez! En avant toutes! Sus donc! criai-je sous l’eau glacée. Zorro est arrivé!
J’entendis alors à la radio une chanson qui me sembla connue. Elle disait quelque chose comme «peu importe la réalité, ce qui importe c’est l’illusion», ce avec quoi j’étais pleinement d’accord. Du moins ces derniers mois: il ne m’était arrivé que des illusions. Mais la musique qui résonnait dans une quelconque soute de ma mèmoire était aussi vieille qu’un boléro, un fox, tandis que ce qui sortait à présent de la radio était un de ces rocks avec basse eléctrique désespérée, percussion vénéneuse et synthétiseurs hystériques. La voix de la chanteuse faisait penser à du verre pilé dans un broyeur. De toute façon, me dis-je, les paroles sont bonnes. Et tontes les choses dont je me souvenais, ou pensais me souvenir parce qu’à force de les évoquer j’avais fini par les transformer en pure – et mauvaise – littérature, n’avaient plus d’importance.
Le reste de ma dernière savonnette glissa entre mês doigts. Il était si petit qu’il disparut par les trous de la bonde.________________
Fonte: ABREU, Caio Fernando. Qu’est devenue Dulce Veiga?. Traduction du portugais (Brésil) et postface par Claire Cayron. Paris, Editions Autrement, 1994, p. 7-10.
Segunda-FeiraVaginas dentatas
1
Caio Fernando Abreu
Eu deveria cantar.
Rolar de rir ou chorar, eu deveria, mas tinha desaprendido essas coisas. Talvez então pudesse acender uma vela, correr até a igreja da Consolação, rezar um Pai Nosso, uma Ave Maria e uma Glória ao Pai, tudo que eu lembrava, depois enfiar algum trocado, se tivesse, e nos últimos meses nunca, na caixa de metal “Para as Almas do Purgatório”. Agradecer, pedir luz, como nos tempos em que tinha fé.
Bons tempos aqueles, pensei. Acendi um cigarro. E não tomei nenhuma dessas atitudes, dramáticas como se em algum canto houvesse sempre uma câmera cinematográfica à minha espreita. Ou Deus. Sem juiz nem platéia, sem close nem zoom, fiquei ali parado no começo da tarde escaldante de fevereiro, olhando o telefone que acabara e desligar. Nem sequer fiz o sinal da cruz ou levantei os olhos para o céu. O mínimo, suponho, que um sujeito tem a obrigação de fazer nesses casos, mesmo sem nenhuma fé, como se reagisse a uma espécie de reflexo condicionado místico.
Acontecera um milagre. Um milagre à toa, mas básico para quem, como eu, não tinha pais ricos, dinheiro aplicado, imóveis nem herança e apenas tentava viver sozinho numa cidade infernal como aquela que trepidava lá fora, além da janela ainda fechada do apartamento. nada muito sensacional, tipo recuperar de súbito a visão ou erguer-se da cadeira de rodas com o semblante beatificado e a leveza de quem pisa sobre as águas. Embora a miopia ficasse cada vez mais aguda e os joelhos tremessem com freqüência, não sabia se fome crônica ou pura tristeza, meus olhos e pernas ainda funcionavam razoavelmente. Outros órgãos, verdade, bem menos.
Toquei o pescoço. E o cérebro, por exemplo.
Já chega, disse para mim mesmo, parado nu no meio da penumbra gosmenta do meio-dia. Pense nesse milagre, homem. Singelo, quase insignificante na sua simplicidade, o pequeno milagre capaz de trazer alguma paz àquela série de solavancos sem rumo nem ritmo que eu, com certa complacência e nenhuma originalidade, estava habituado a chamar de minha vida, tinha um nome. Chamava-se – um emprego.
Olhei minha cara no velho espelho riscado, as marcas que eu nem sabia mais se pertenciam ao vidro ou à pele, cumprimentei com uma curvatura de cabeça: “Muito bem, parabéns. Você agora tem um emprego”. Mas não conseguia sentir nenhum calafrio de dignidade, nenhum frêmito de esperança que pudesse iluminar meus olhos vermelhos ou empurrar para fora meu fatigado peito onde – não queria lembrar, mas lembrei – há menos de uma semana descobrira o primeiro fio de cabelo branco.
Suspirei.
Verdade que só um completo idiota ou alguém totalmente inexperiente sentiria, nem digo êxtase, mas qualquer espécie de animação por ter conseguido um trabalhinho de repórter no Diário da Cidade, talvez o pior jornal do mundo. Acho que ainda não tinha me transformado num idiota, não completamente pelo menos. E quanto à experiência – bem, aquela cara marcada, ainda inchada de sono, com barba de três dias, me observando por entre os risos do espelho, parecia tê-la de sobra. Tudo bem, disse a cara no espelho, já que você prefere mesmo confundir experiência com devastação… Suspirei outra vez. Não, querida cara, encher laudas e laudas nas máquinas de escrever daquele pasquim pré-informático certamente não era motivo para dar pulinhos.
Mas eu tinha que ficar contente. E quando você quer, você fica. Comecei a ficar. Afinal, aquele podia ser o primeiro passo para emergir do pântano de depressão e autopiedade onde refocilava há quase um ano. Gostei tanto da expressão pântano-de-depressão-&-etc. que quase procurei papel para anotá-la. Perdera o vício paranóico de imaginar estar sendo sempre filmado ou avaliado por um deus de olhos multifacetados, como os das moscas, mas não o de estar sendo escrito. Se fosse bailarino, talvez imaginasse estar constantemente, em qualquer movimento, sendo esculpido? Ah, cada gesto, uma verdadeira apologia estética da forma pura.
Era engraçado. E bastante esquizofrênico. mas de repente o real tinha-se tornado bem menos retórico.
“Você começa hoje, cara” – dissera Castilhos no telefone. Com aquela voz no fundo da qual, para manter o velho hábito subliterário, eu poderia localizar algo que chamaria de áspera-ternura-cúmplice, mas na verdade não passava de excesso de nicotina e saco cheio: “e vê se não me faz cagada logo no primeiro dia, oquêi? Garanti pros homens que você é da pesada”.
Espantoso: na noite anterior eu fora dormir como um jornalista desempregado, endividado, amargo, solitário e desiludido de quase quarenta anos para acordar no dia seguinte, magicamente, com aquela voz do passado me comunicando pelo telefone que eu era – da pesada. A partir de hoje, uma vida feita de fatos. Ação, movimento, dinamismo. A claquete bate. Deus vira mais uma página de seu infinito, chatíssimo roteiro. O escultor tira outra lasca do mármore.
Coloquei água para fazer café, cogumelos branquicentos cresciam na umidade da cozinha. Simpáticos, até meio bucólicos. Liguei o rádio, entrei no chuveiro. O apartamento era tão pequeno que a gente podia fazer todas essas coisas praticamente ao mesmo tempo. Com uma das mãos, ensaboava a cabeça, com a outra controlava o volume do rádio na sala, enquanto estendia uma das pernas para apagar o fogo quando a água fervesse.
– Eia! Avante! Sus! – gritei embaixo da água gelada. Ai – pi – ai – ô, Silver!
Enquanto ouvi no rádio uma música que parecia conhecida. Dizia qualquer coisa como “a realidade não importa, o que importa é a ilusão”, no que eu concordava plenamente. Pelo menos nos últimos meses, não me acontecera nada além de fantasias. Mas a música que ressoava em algum porão da memória era antiga como um bolero, um fox, e o que saía do rádio agora era um desses rocks com baixo elétrico desesperados, percussão envenenada e sintetizadores histéricos. A voz da cantora lembrava vidro moído num liquidificador. De qualquer forma, pensei, a letra está certa. E todas as coisas que eu lembrava, ou achava que lembrava, porque de tanto lembrar delas acabara por transformá-las em mera – e péssima – literatura, já não importavam mais.
O resto do último sabonete escorregou entre meus dedos. Era tão pequeno que desapareceu pelo ralo.________________
Fonte: ABREU, Caio Fernando. Onde andará Dulce Veiga? São Paulo, Companhia das Letras, 1990. p. 10-14.
Bio fornecida pelo palestrante.
Autor: Caio Fernando Abreu
Título: OS DRAGÕES NÃO CONHECEM O PARAÍSO, LES DRAGONS NE CONNAISSENT PAS LE PARADIS
Idiomas: port, fra
Tradutor: Claire Cayron et Alain Keruzoré(fra)
Data: 26/12/2004
LES DRAGONS NE CONNAISSENT PAS LE PARADIS
Belle. Une histoire horrible.
Vous ne savez rien de la malédiction
et jamais n’avez vu de miracle
jamais n’avez pleuré seule dans des toilettes sales
et jamais voulu voir la face de Dieu.
Cazuza – Seules les Mères sont heureuses
Caio Fernando Abreu
C’est seulement après avoir pressé plusieurs fois le bouton de sonnette qu’il entendit le bruit des pas descendant l’escalier. Et il revit le tapis usé, autrefois pourpre, puis à peine rouge, et plus tard d’un rose de plus en plus clair – à présent, de quelle couleur? –, entendit l’aboiement discordant d’un chien, une toux nocturne, des bruits secs, et perçut enfin la lumière à l’intérieur de la maison, filtrée par la vitre, et qui tombait sur son visage pourvu d’une barbe de trois jours. Il mit les mains dans ses poches, chercha une cigarette ou un porte-clefs pour occuper ses doigts, avant que s’ouvre le volet, en haut de la porte.
Encadrée dans le rectangle, elle plissait les yeux pour mieux le voir. Ils se mesurèrent ainsi un moment – de l’extérieur, de l’intérieur de la maison – jusqu’à ce qu’elle écarte son visage, sans manifester de surprise. Elle avait vieilli, il le vit en entrant. Elle s’était aigrie, il le sentit aussitôt.
— Tu n’as pas prévenu de ton arrivée, grogna-t-elle, à sa vieille façon râleuse, qu’autrefois il ne comprenait pas. Mais à présent, au bout de tant d’années, il avait appris à traduire en commentu-me-manquais, sois-le-bienvenu, quel-plaisir-de-te-voir, ou quelque formule de ce genre. Plus affectueuse, encore que maladroite.
Il l’embrassa, gêné. Ça n’était pas dans leurs habitudes, les contacts, les caresses. Il plongea, étourdi, en hâte, dans l’odeur connue – cigarette, oignons, chien, savonnette, crème de beauté et chair vieillie, de tant d’années de solitude. En le tirant par les oreilles, comme à l’accoutumée, elle l’embrassa sur le front. Puis l’entraîna par la main, vers l’intérieur.
— Tu n’as pas le téléphone, expliqua-t-il. J’ai décidé de te faire une surprise.
En allumant les lumières, un rien fébrile, elle l’entraînait de plus en plus vers l’intérieur. Il arrivait à peine à revoir l’escalier, la bibliothèque, le buffet, les cadres poussiéreux. La chienne se mit dans ses jambes, en aboyant doucement.
— Dehors! Belle, cria-t-elle en la menaçant d’un coup de pied. La chienne sauta sur le côté, et elle rit. – Suffit de la menacer, elle obéit. La pauvre, elle est presque aveugle. Inutile, galeuse. Elle sait que dormir, manger et chier, en attendant de mourir.
— Quel âge a-t-elle? demanda-t-il. C’était le meilleur moyen d’arriver au but: par les chemins de traverse, les questions banales. par delà les manières revêches, les fleurs violettes du peignoir.
— Est-ce que je sais, quinze ans? – Sa voix était rauque. – On dit que l’âge d’un chien, faut le multiplier pour sept.
Elle dressa un peu la tête, c’était sa manière:
— Ça fait dans les quatre-vingt-quinze, quoi.
Il posa sa valise sur une chaise de la salle à manger. Puis se frotta de nouveau les yeux. Et regarda alentour, comme s’il s’éveillait:
— Tu dis?
— Belle. Si c’était une personne, elle aurait quatre-vingt-quinze ans.
Elle rit:
— Plus vieille que noi, imagine. Vieille à faire peur. – Elle referma son peignoir sur sa poitrine, serra le col avec ses mains. Pleines de taches brunes, nota-t-il, comme des grains de beauté (ké-ra-to-se se dit-il en lui-même), avec un vernis quelconque sur les ongles des doigts jaunis par la cigarette. – Tu veux un café?
— Si ça ne te dérange pas – il savait que c’était toujours la bonne manière, la faire entrer en souveraine dans la cuisine, son royaume. Les mains dans les poches, il regarda alentour, appuyé à la porte.
Son dos, si voûté. Elle semblait plus lente, même si elle avait gardé sa vieille manière d’ouvrir et de fermer sans cesse les placards, de disposer les tasses, les cuillères, les serviettes, en faisant beaucoup de bruit et en l’obligeant à s’asseoir, tandis qu’il regardait. Les murs de la cuisine, tachés de graisse. La petite fenêtre basculante, vitre cassée. A la place de la vitre, elle avait posé un papier journal. «Le pays s’enfonce dans le chaos, dans l’insalubrité et la misère», lut-il. Et il s’assit sur une chaise en plastique, défoncée.
— Il est tout frais – et elle versa le café. – A présent je ne peux m’endormir qu’après en avoir bu un.
— Tu ne devrais pas. le café empêche de dormir.
Elle haussa les épaules.
— Des clous. Avec moi tout marche à l’envers.
La tasse jaune avait une tache brume au fond, et des bords ébréchés. Il remua son café, sans entraim. Et tout à coup, alors que ni l’un ni l’autre ne parlait, il voulut fuir. Comme lorsqu’on réenroule une cassette, tourner le dos, prendre sa valise, traverser la pièce, le couloir d’entrée, dépasser le chemin de gravier du jardin, se retrouver dans la petite rue aux maisons presque toutes blanches. Trouver un taxi, aller à l’aéroport, dans une autre ville, loin de Passo da Guanxuma, vers l’autre vie d’où il venait. Anonyme, sans liens avec le passé. Pour toujours, pour jamais. Jusqu’à la mort de l’un d’eux. Et il en eut peur. Et il la souhaita. Soulagé, honteux.
— Va te coucher, pria-t-il. Il est très tard. Je n’aurais pas dû arriver comme ça, sans prévenir. Mais tu n’as pas le téléphone.
Elle s’assit en face de lui, le peignoir bâilla. Parmi les fleurs violettes, il vit les innombrables plis de la peau, comme du papier de soie froissé. Elle cligna des yeux, tout en guettant son visage tandis qu’il avalait une gorgée de café.
— Qu’est-ce qu’il y a? demanda-t-elle, lentement. Et c’était le ton qui indiquait l’accès à un autre mode. Mais il toussa, baissa les yeux vers le dessir à losanges de la nappe. Rouge, vert. Froideur du plastique, fraises passées.
— Rien, maman. Rien du tout. J’ai eu le cafard, c’est tout. Subitement, j’ai eu vraiment le cafard. D’être loin de toi, d’un tas de choses.
Elle tira un paquet de cigarettes de la poche de son peignoir.
— Donne-moi du feu.
Il tendit le briquet. Elle lui toucha la main, un toucher rêcher de main tachée par la kératose sur ses blanches mains à lui. Caresse manquée:
— Il est joli, ton briquet.
— Il est français.
— A quoi il marche?
— Sais pas, au gaz. Comme la plupart briquets. Mais celui-là est transparent, dans les autres on ne voit rien.
Elle leva le briquet vers la lumière. Reflets d’or, éclat du liquide vert. La chienne se glissa sous la table, en aboyant doucement. Elle ne parut pas y faire attention, charmée par le liquide doré, sous le vert.
— On dirait la mer, sourit-elle. Elle tapota sa cigarette sur le bord de la tasse, lui tendit à nouveau le briquet. – Alors comme ça tu es venu me rendre visite? Très bien.
Il serra le briquet au creux de sa main. Tout chaud de sa main tavelée à elle.
— Oui, maman. J’avais le cafard.
Rire rauque:
— Le cafard? Tu sais qu’Elzinha n’est pas venue depuis plus d’un mois? Je pourrais bien mourir là-dedans. Toute seule. Le ciel m’en préserve. Elle le saurait même pas, sauf par le journal. Si jamais ça paraît dans le journal. Qu’est-ce que ça peut lui faire, ma vieille peau?
Il alluma une cigarette. Et toussa à la première bouffée.
— Moi aussi je vis seul, maman. Si je mourais, personne ne le saurait. Et ça ne serait pas dans le journal.
Elle tira une grande boufée. Puis souffla la fumée en ronds. Mais ne la suivit pas des yeux. Du bout de l’ongle, elle grattait une ébréchure au bord de la tasse.
— C’est le destin, dit elle. – ta grand-mère est mort toute seule. Ton grand-père est mort tout seul. Ton père aussi, tu te rappelles? Pendant ce week-end où j’étais à la plage. Il avait horroeur de la mer. Cette chose immense, qui fait peur, il disait. – Elle rejeta le bout de faïence couleur de terre. – Et sans le moindre petit-fils, sans petit-fils ni rien. Ce qu’il voulait le plus.
— C’est loin tout ça, maman. Oublie – il se redressa, le dos lui faisait mal. Non, résolut-il: dans ce trou, non. L’odeur, une semaine, les voisins qui téléphonent. Il passa les doigts sur les losanges fanés de la nappe. – Je me demande comment tu peux continuer à vivre seule ici. Cette maison est trop grande pour toi. Pourquoi ne vas-tu pas habiter avec Elzinha?
Elle fit mine de cracher, à demi cynique. Un cynisme de feuilleton télévisé qui n’allait pas avec le peignoir délavé aux fleurs violettes, les cheveux presque entièrement blancs, les mains tavolées de brum tenant une cigarette presque éteinte.
— Et supporter Pedro, avec sa folie des grandeurs? Pour l’amour du ciel, sauf si j’étais forcée. Il faudrait qu’ils me cachent les jours de visite, Dieu me garde. La vieille, la folle, la sorcière. La mégère reléguée dans la chambre de bonne, comme une négresse. – Elle tapota sa cigarette. – Et en plus, tu penses qu’ils me laisseraient emmener Belle avec moi?
Sous la table, en entendant son nom, la chienne aboya plus fort.
— C’est pas tout-à-fait comme ça, pas vrai, maman? Elzinha a les moyens. Et au fond Pedro est un brave type. Sauf que…
Elle fouilla dans les poches du peignoir. En tira des lunettes aux branches rafistolées avec du sparadrap, aux verres rayés.
— Laisse-moi te regarder mieux, dit-elle.
Elle ajusta ses lunettes. Il baissa les yeux. Dans le silence, il entendit te tic-tac de la pendule du salon. Un petit cancrelat raya de noir le blanc du carrelage dorrière elle.
(…)___________________
Fonte: ABREU, Caio Fernando. Les Dragons ne connaissent pas le Paradis. Traduit du portugais par Claire Cayron et Alain Keruzoré. Paris, Editions Complexe, 1991, p. 7-14.
OS DRAGÕES NÃO CONHECEM O PARAÍSO
I
Linda, uma história horrível
Para
Sergio Keuchguerian“Você nunca ouviu falar em maldição
nunca viu um milagre
nunca chorou sozinha num banheiro sujo
nem nunca quis ver a face de Deus.”
(Cazuza: Só as Mães são Felizes)Caio Fernando Abreu
Só depois de apertar muitas vezes a campainha foi que escutou o rumor de passos descendo a escada. E reviu o tapete gasto, antigamente púrpura, depois apenas vermelho, mais tarde rosa cada vez mais claro – agora, que cor? – e ouviu o latido desafinado de um cão, uma tosse noturna, ruídos secos, então sentiu a luz acesa do interior da casa filtrada pelo vidro cair sobre sua cara de barba por fazer, três dias. Meteu as mãos nos bolsos, procurou um cigarro ou um chaveiro para poder rodar entre os dedos, antes que se abrisse a janelinha no alto da porta.
Enquadrado pelo retângulo, o rosto dela apertava os olhos para vê-lo melhor. Mediram-se um pouco assim – de fora, de dentro da casa –, até ela afastar o rosto, sem nenhuma surpresa. Estava mais velha, viu ao entrar. E mais amarga, percebeu depois.
— Tu não avisou que vinha – ela resmungou no seu velho jeito azedo, que antigamente ele não compreendia. Mas agora, tantos anos depois, aprendera a traduzir como que-saudade, seja-benvindo, que-bom-ver-você ou qualquer coisa assim. Mais carinhosa, embora inábil.
Abraçou-a, desajeitado. Não era um hábito, contatos, afagos. Afundou tonto, rápido, naquele cheiro conhecido – cigarro, cebola, cachorro, sabonete, creme de beleza e carne velha, sozinha há anos. Segurando-o pelas duas orelhas, como de costume, ela o beijou na testa. De pois foi puxando-o pela mão, para dentro.
— A senhora não tem telefone – explicou. – Resolvi fazer uma surpresa.
Acendendo luzes, certa ânsia, ela o puxava cada vez mais para dentro. Mal podia rever a escada, a estante, a cristaleira, os porta-retratos empoeirados. A cadela se enrolou nas pernas dele, ganindo baixinho.
— Sai, Linda – ela gritou, ameaçando um pontapé. A cadela pulou de lado, ele riu. – Só ameaço, ela respeita. Coitada, quase cega.. Uma inútil, sarnenta. Só sabe dormir, comer e cagar, esperando a morte.
— Que idade ela tem? – ele perguntou. Que esse era o melhor jeito de chegar ao fundo: pelos caminhos transversos, pelas perguntas banais. Por trás do jeito azedo, das flores roxas do robe.
— Sei lá, uns quinze. – A voz tão rouca. — Diz que idade de cachorro a gente multiplica por 7.
Ele forçou um pouco a cabeça, esse era o jeito:
— Uns noventa e cinco, então.
Ela colocou a mala dele em cima de uma cadeira da sala. Depois apertou novamente os olhos. E espiou em volta, como se acabasse de acordar:
— O quê?
— A Linda. Se fosse gente, estaria com 95 anos.
Ela riu:
— Mais velha que eu, imagina. Velha que dá medo. – Fechou o robe sobre o peito, apertou a gola com as mãos. Cheias de manchas escuras, ele viu, como sardas (ce-ra-to-se, repetiu mortalmente), pintura alguma nas unhas rentes dos dedos amarelos de cigarros. — Quer um café?
— Se não der trabalho – ele sabia que esse continuava sendo o jeito exato, enquanto ela adentrava soberana pela cozinha, seu reino. Mãos nos bolsos, olhou em volta, encostado na porta.
As costas dela, tão curvas. Parecia mais lenta, embora guardasse o mesmo jeito antigo de abrir e fechar sem parar as portas dos armários, dispor xícaras, colheres, guardanapos, fazendo muito ruído e forçando-o a sentar – enquanto ele via. Manchadas de gordura, as paredes da cozinha. A pequena janela basculante, vidro quebrado. No furo do vidro, ela colocara uma folha de jornal. País mergulha no caos, na doença e na miséria – ele leu. E sentou na cadeira de plástico rasgado.
— Tá fresquinho – ela serviu o café. – Agora só consigo dormir depois de tomar café.
— A senhora não devia. Café tira o sono.
Ela sacudiu os ombros:
— Dane-se. Comigo sempre foi tudo ao contrário.
A xícara amarela tinha uma nódoa escura no fundo, bordas lascadas. Ele mexeu o café, sem vontade. De repente, então, enquanto nem ele nem ela diziam nada, quis fugir. Como se volta a fita num vídeo-cassete, de costas, apanhar a mala, atravessar a sala, o corredor de entrada, ultrapassar o caminho de pedras do jardim, sair novamente para a ruazinha de casas quase todas brancas. Até algum táxi, o aeroporto, para outra cidade, longe do Passo da Guanxuma, até a outra vida de onde vinha. Anônima, sem laços nem passado. Para sempre, para nunca mais. Até a morte de qualquer um dos dois, teve medo. E desejou. Alívio, vergonha.
— Vá dormir – pediu. É muito tarde. Eu não devia ter vindo assim, sem avisar. Mas a senhora não tem telefone.
Ela sentou à frente dele, o robe abriu-se. Por entre as flores roxas, ele viu as inúmeras linhas da pele, papel de seda, amassado. Ela apertou os olhos, espiando a cara dele enquanto tomava um gole de café.
— Que que foi? – perguntou, lenta. E esse era o tom que indicava a abertura para um novo jeito. Mas ele tossiu, baixou os olhos para a estamparia de losangos da toalha. Vermelho, verde. Plástico frio, velhos morangos.
— Nada, mãe. Não foi nada. Deu saudade, só isso. De repente, me deu tanta saudade. Da senhora, de tudo.
Ela tirou um maço de cigarros do bolso do robe:
— Me dá o fogo.
Estendeu o isqueiro. Ela tocou na mão dele, toque áspero das mãos manchadas de ceratose nas mãos muito brancas dele. Carícia torta:
— Bonito, o isqueiro.
— É francês.
— Que é isso que tem dentro?
— Sei lá, fluido. Essa coisa que os isqueiros têm. Só que este é transparente, nos outros a gente não vê.
Ela ergueu o isqueiro contra a luz. Reflexos de ouro, o líquido verde brilhou. A cadela entrou por baixo da mesa, ganindo baixinho. Ela pareceu não notar, encantada com o por trás do verde, líquido dourado.
— Parece o mar – sorriu. Bateu o cigarro na borda da xícara, estendeu o isqueiro de volta para ele. — Então quer dizer que o senhor veio me visitar? Muito bem.
Ele fechou o isqueiro na palma da mão. Quente da mão manchada dela.
— Vim, mãe. Deu saudade.
Riso ronco:
— Saudade? Sabe que a Elzinha não apareceu aqui faz mais de mês? Eu podia morrer aqui dentro. Sozinha. Deus me livre. Ela nem ia ficar sabendo, só se fosse pelo jornal. Quem se importa com um caco velho?
Ele acendeu um cigarro. Tossiu forte na primeira tragada:
— Também moro só, mãe. Se morresse, ninguém ia ficar sabendo. E não ia dar no jornal.
Ela tragou fundo. Soltou a fumaça, círculos. Mas não acompanhou com os olhos. Na ponta da unha, tirava uma lasca da borda da xícara.
— É sina – disse. — Tua avó morreu só. Teu avô morreu só. Teu pai morreu só, lembra? Naquele fim de semana que eu fui pra praia. Ele tinha horror do mar. Uma coisa tão grande que mete medo na gente, ele dizia. – Jogou longe a bolinha com a pintura da xícara. — E nem um neto, morreu sem um neto nem nada. O que mais ele queria.
— Já faz tempo, mãe. Esquece – ele endireitou as costas, doíam. Não, decidiu: naquele poço, não. O cheiro, uma semana, vizinhos telefonando. Passou as pontas dos dedos pelos losangos desbotados da toalha. — Não sei como a senhora consegue continuar morando aqui sozinha. Esta casa é grande demais pra uma pessoa só. Por que não vai morar com a Elzinha?
Ela fingiu cuspir de lado, meio cínica. Aquele cinismo de telenovela não combinava com o robe desbotado de flores roxas, cabelos quase inteiramente brancos, mãos de manchas marrons segurando o cigarro quase no fim.
— E agüentar o Pedro, com aquela mania de grandeza? Pelo amor de Deus, só se eu fosse sei lá. Iam ter que me esconder no dia das visitas, Deus me livre. A velha, a louca, a bruxa. A megera socada no quartinho de empregada, feito uma negra. – Bateu o cigarro. — e como se não bastasse, tu acha que iam me deixar levar a Linda junto?
Embaixo da mesa, ao ouvir o próprio nome a cadela grunhiu mais forte.
— Também não é assim, não é, mãe? A Elzinha tem a faculdade. E o Pedro no fundo é boa gente. Só que.
Ela remexeu nos bolsos do robe. Tirou uns óculos de hastes remendadas com esparadrapo, lente rachada.
— Deixa eu te ver melhor – pediu.
Ajeitou os óculos. Ele baixou os olhos. No silêncio, ficou ouvindo o tic-tac do relógio da sala. Uma barata miúda riscou o branco dos azulejos atrás dela.
(…)_________________
Fonte: ABREU, Caio Fernando. Os Dragões não conhecem o Paraíso. 2ª edição. São Paulo, Companhia das Letras, 1988, p. 13-18.
Bio fornecida pelo palestrante.
Autor: Caio Fernando Abreu
Título: PEQUENAS EPIFANIAS
Idiomas: port, fra
Tradutor:
Data: 26/12/2004
Caio Fernando Abreu
Il y a quelques jours, Dieu – ou ce qu’on appelle, avec tant d’insouciance, Dieu – m’a envoyé un cadeau ambigu: une possibilité d’amour. Ou de ce qu’on appelle, avec la même insouciance et quelque hâte, l’amour. Vous savez de quoi je parle.
Avant que j’aie pu m’étonner et que, m’étant étonné, j’aie pu hésiter entre y aller ou pas, vouloir ou pas – j’y étais déjà. Et c’était bon d’y être. Comprenez-moi bien – il n’y a pas eu la moindre intimité du genre que certainement vous imaginez. En vérité, il ne s’est presque rien passé. Deux ou trois déjeuners, quelques silences. fragments de ce qu’on appelle, avec la même insouciance, «ma vie». Qui sont aussi des fragments de «sa vie». Se croisant soudain, par pur mystère, sur les nappes blanches parmi les verres de vin ou d’eau, au milieu des miettes et des cendriers pleins que les garçons vidaient rapidement pour qu’on se sente propres. Et c’est ainsi qu’on se sentait.
Derrière ce qui advenait, sans crainte aucune je redécouvrais des magies. Et soudain je me sentais protégé, vous savez comment: ma vie entière – ces petits bouts désarticulés – s’organisait d’une autre manière, prenait du sens. Rien de mal ne m’arriverait, j’en étais sûr, tant que je serais dans le champ magnétique de cette autre personne. Les yeux de l’autre personne me regardaient, me reconnaissaient comme une autre personne, et doucement me posaient des questions, tâtaient des terrains: ah vous ne prenez pas de sucre, ah vous buvez du whisky, ah vous êtes Balance. Dessinant des esquisses, tous les deux. Palpant des signes diffus, de vagues promesses.
Ne plus jamais quitter le centre de cet espace pour les rudes rues anonymes. Ne plus jamais quitter ce chaud giron qu’est avoir un visage pour une autre personne qui elle aussi a un visage pour soi, dans la nasse ordinaire et sans visage du quotidien emprisonnant le cœur. Or au quatrième ou cinquième jour, arrive un passage obsédant d’une nouvelle de Clarice Lispector – «Tentation» – dans ma tête étourdie d’enchantement: «Mais tous deux étaient retenus. Lui, par sa nature enchaîneé. Elle, par son impossible enfance». Je cite de mémoire, peut-être pas correctement. Il s’agit de la rencontre, à trois heures de l’après-midi, entre une fillette rousse assise sur une marche et un basset, roux lui aussi, passant au bout d’une laisse. Il s’arrête. Ils se regardent. Sont éblouis, faits l’un pour l’autre. Mais sa maîtresse le tire. Ils s’en va. Et rien n’arrive.
D’ailleurs, je ne voulais pas. Il aurait fallu créer des climats, suggérer des invitations, servir des vins, allumer des bougies, faire des mines. Pour entendre un «non», peut-être. À moins qu’au gré d’un grand vent cette autre vie vogue spontanément vers moi. Mais elle n’a pas vogué. D’ailleurs, sans m’en rendre compte, j’étais dans l’apprentissage solitaire du ne-pas-demander. Je n’ai compris qu’au bout de quelques jours, quand un ami m’a parlé – avec insouciance, lui aussi – de «petites épiphanies». Minuscules, quasiment des bribes de révélations de Dieu, tels des joyaux incrustés dans le quotidien.
C’était cela, cette autre vie, inopinément mêlée à la mienne, regardant l’opacité de ma vie avec les mêmes yeux attentifs que moi la sienne: une petite épiphanie. Puis sont venus le temps, la distance, la poussière. Mais j’en aigardé en mémoire quelque chose de doux qui a mourri mês lendemains d’absence et de faim. Surtout le soir, les dimanches. J’ai retrouvé la manie de fumer en regardant au-delà des fenêtres, pour vois ce que personne ne verrait.
Au-delà des fenêtres, je retrouve ce moment de miel et de sang que Dieu a placé avec tant de brièveté, et de délicatesse, devant mês yeux depuis si longtemps incapables de voir: une possibilité d’amour. J’incline la tête, reconnaissant. Et si je tends la main, dans la poussière du dedans de moi, je peux aussi toucher autre chose. Cette petite épiphanie. Avec un corps et un visage. Que je parcours lentement, trait à trait, quand je suis seul et que j’ai peur. Alors je souris. Et cesse presque d’avoir faim.22 avril 1986.
EN MÉMOIRE DE LILIAN
Nous sommes tous immortels. Théoriquement immortels, bien sûr. Hypocritement immortels. Car jamais nous ne voyons en la mort une possibilité quotidienne, comme celle d’arriver en retard au travail ou de se couper en se rasant, par exemple. Dans notre tête, la mort n’advient pas comme il peut advenir que je fasse un número de téléphone et qu’au lieu d’obtenir une réponse, ça sonne occupé. La mort, dans notre imagination, devrait être précédée d’un certain «climat», d’une certaine «préparations». D’une certaine «gardeur».
Voilà sans doute pourquoi je suis (nous sommes tous, je pense) tellement abasourdis lorsque, sans préparation aucune, elle advient tout à coup. Alors l’effroi, le sentiment d’abandon, l’incompréhension aussi, envahissent l’ordre établi supposé inébranlable (et pour cela même «éternel») du quotidien. La mort d’une personne connue et/ou aimée viole cet ordre précaire, cette fausse éternité. La mort, et l’amour. Car l’amour, comme la mort, existe – et de façon aussi dissimulée. En retrait, invisible. Mais si puissamment que, comme la mort – et l’amour est aussi une sorte de mort (mort de la solitude, mort de l’ego barricadé, indivisible, furieusement et égoïstement incommunicable) –, il nous désarme. En advenant, l’amour et la mort démasquent notre pathétique fragilité.
Amour et mort étant inséparables, je vous raconte, comme qui dirait «il était une fois»: samedi après-midi, j’étais craintivement en plein amour (je ne croyais plus à l’existence de l’amour, et la vie m’apportait un démenti), quand le téléphone a sonné). À l’autre bout du fil, quelqu’un m’a annoucé la mort de Lilian Lemmertz. Je ne croyais pas non plus que la mort existait, à ce moment-là ou à un autre, toutes les fois que j’ai besoin de m’enivrer un peu des urgences de la vie, parce que si j’envisage à chaque minute la possibilité de la mort alors je cesse immédiatement de vivre. Je reste les yeux grands ouverts, immobile, au bord du gouffre annoncé.
J’ai changé de chaîne, en somme: j’ai continué à vivre. Pour combattre la mort, je suis allé voir un show autobiographique de Elza Soares. J’ai bu, j’ai fumé, j’ai bavardé, aimé, encore et toujours plus. Mais dans n’importe lequel de ces actes: la mort de Lilian. Et je me suis souvenu de notre seule conversation, quand elle jouait En attendant Godot et que j’avais été l’interviewer. Nous avions parlé une soirée entière. Elle était plus que belle. Elle était vive, sarcastique, tourmentée, compliquée. Un rien démesurée. Une reine.
Lilian avait de la noblesse. Je pensais à des comédiennes, j’énumérais: Marília Pera, Fernanda Montenegro. Et Lilian Lemmertz, avec cet air racé, ce port, cette bouche curieussement fragile et amère, qui démentait l’éclat, parfois glacé, de ses yeux. Un petit air de Jeanne Moreau, mais unique en son genre. Elle qui n’a jamais pu avoir le grand rôle de sa vie – Phèdre, Petra (von Kant), Pixote – son heure de gloire. Brillante mais avec, au fond, cet air d’humanité écartelée qu’a aussi Marília Pera. Écouter Lilian donnait le frisson, faisait venir les larmes aux yeux: l’excés d’humain émerveille et terrorise. Comme l’amour et la mort.
Je garde le souvenir de Lilian non dans le rôle du professeur de A Lição de Amor, ou de la pocharde de Caixa de Sombras, ou de la maîtresse de maison de Baila Comigo , je choisis de la laisser dans la peau de l’un des vagabonds de Samuel Beckett. Ventre postiche, bretelles, pantalons à mi-mollets, chapeau melon. Clownesque, attendant Godot. Qui est venu, finalement. Lilian était seule. Il l’a emmenée. Sa subite étreinte était-elle froide? Peut-être pas.
À présent, au bout de la nuit de dimanche, loin du doux giron de l’amour, la mort visite mon appartement et je me demande, après ce récent point final, comment récupéren mon immortalité. J’en ai besoin, demain matin. Quand le monde continuera. Juste sans Lilian. Et donc un peu plus laid, un peu plus sale. Plus incompréhensible, et moins noble.10 juin 1986.
Caio Fernando Abreu
Dois ou três almoços, uns silêncios.
Fragmentos disso que chamamos de “minha vida”.Há alguns dias, Deus – ou isso que chamamos assim, tão descuidadamente, de Deus –, enviou-me certo presente ambíguo: uma possibilidade de amor. Ou disso que chamamos, também com descuido e alguma pressa, de amor. E você sabe a que me refiro.
Antes que pudesse me assustar e, depois do susto, hesitar entre ir ou não ir, querer ou não querer – eu já estava lá dentro. E estar dentro daquilo era bom. Não me entenda mal – não aconteceu qualquer intimidade dessas que você certamente imagina. Na verdade, não aconteceu quase nada. Dois ou três almoços, uns silêncios. Fragmentos disso que chamamos, com aquele mesmo descuido, de “minha vida”. Outros fragmentos, daquela “outra vida”. De repente cruzadas ali, por puro mistério, sobre as toalhas brancas e os copos de vinho ou água, entre casquinhas de pão e cinzeiros cheios que os garçons rapidamente esvaziavam para que nos sentíssemos limpos. E nos sentíamos.
Por trás do que acontecia, eu redescobria magias sem susto algum. E de repente me sentia protegido, você sabe como: a vida toda, esses pedacinhos desconexos, se armavam de outro jeito, fazendo sentido. Nada de mal me aconteceria, tinha certeza, enquanto estivesse dentro do campo magnético daquela outra pessoa. Os olhos da outra pessoa me olhavam e me reconheciam como outra pessoa, e suavemente faziam perguntas, investigavam terrenos: ah você não come açúcar, ah você não bebe uísque, ah você é do signo de Libra. Traçando esboços, os dois. Tateando traços difusos, vagas promessas.
Nunca mais sair do centro daquele espaço para as duras ruas anônimas. Nunca mais sair daquele colo quente que é ter uma face para outra pessoa que também tem uma face para você, no meio da tralha desimportante e sem rosto de cada dia atravancando o coração. Mas no quarto, quinto dia, um trecho obsessivo do conto de Clarice Lispector – Tentação – na cabeça estonteada de encanto: “Mas ambos estavam comprometidos. Ele, com sua natureza aprisionada. Ela, com sua infância impossível”. Cito de memória, não sei se correto. Fala no encontro de uma menina ruiva, sentada num degrau às três da tarde, com um cão basset também ruivo, que passa acorrentado. Ele pára. Os dois se olham. Cintilam, prometidos. A dona o puxa. Ele se vai. E nada acontece.
De mais a mais, eu não queria. Seria preciso forjar climas, insinuar convites, servir vinhos, acender velas, fazer caras. Para talvez ouvir não. A não ser que soprasse tanto vento que velejasse por si. Não velejou. Além disso, sem perceber, eu estava dentro da aprendizagem solitária do não-pedir. Só compreendi dias depois, quando um amigo me falou – descuidado, também – em pequenas epifanias. Miudinhas, quase pífias revelações de Deus feito jóias encravadas no dia-a-dia.
Era isso – aquela outra vida, inesperadamente misturada à minha, olhando a minha opaca vida com os mesmos olhos atentos com que eu a olhava: uma pequena epifania. Em seguida vieram o tempo, a distância, a poeira soprando. Mas eu trouxe de lá a memória de qualquer coisa macia que tem me alimentado nestes dias seguintes de ausência e fome. Sobretudo à noite, aos domingos. Recuperei um jeito de fumar olhando para trás das janelas, vendo o que ninguém veria.
Atrás das janelas, retomo esse momento de mel e sangue que Deus colocou tão rápido, e com tanta delicadeza, frente aos meus olhos há tanto tempo incapazes de ver: uma possibilidade de amor. Curvo a cabeça, agradecido. E se estendo a mão, no meio da poeira de dentro de mim, posso tocar também em outra coisa. Essa pequena epifania. Com corpo e face. Que reponho devagar, traço a traço, quando estou só e tenho medo. Sorrio, então. E quase paro de sentir fome.O Estado de S. Paulo, 22/04/86.
EM MEMÓRIA DE LILIAN
Mais que linda: Viva, tensa,
confusa. Lilian Lemmertz
era meio rainha. E nobre.Somos todos imortais. Teoricamente imortais, claro. Hipocritamente imortais. Por que nunca consideramos a morte como uma possibilidade cotidiana, feito perder a hora no trabalho ou cortar-se fazendo a barba, por exemplo. Na nossa cabeça, a morte não acontece como pode acontecer de eu discar um número telefônico e, ao invés de alguém atender, dar sinal de ocupado. A morte, fantasticamente, deveria ser precedida de certo “clima”, certa “preparação”. Certa “grandeza”.
Deve ser por isso que fico (ficamos todos, acho) tão abalado quando, sem nenhuma preparação, ela acontece de repente. E então o espanto e o desamparo, a incompreensão também, invadem a suposta ordem inabalável do arrumado (e por isso mesmo “eterno”) cotidiano. A morte de alguém conhecido ou/e amado estupra essa precária arrumação, essa falsa eternidade. A morte e o amor. Por que o amor, como a morte, também existe – e da mesma forma dissimulada. Por trás, inaparente. Mas tão poderoso que, da mesma forma que a morte – pois o amor é uma espécie de morte (a morte da solidão, a morte do ego trancado, indivisível, furiosa e egoisticamente incomunicável) – nos desarma. O acontecer do amor e da morte desmascaram nossa patética fragilidade.
Como amor e morte não se separam – feito quem diz “era uma vez”, conto: na tarde de sábado, estava eu assustadamente dentro do amor (eu não acreditava mais que o amor existisse, e a vida desmentia) quando o telefone tocou. Do outro lado, alguém me deu a notícia da morte de Lilian Lemmertz. E eu também não acreditava mais que a morte existisse, naquele ou neste momento, quando preciso me embriagar um pouco com urgências de vida porque se considerar a cada minuto a possibilidade da morte – então paro imediatamente de viver. Fico de olhos arregalados, imóvel, à espera do poço previsto.
Como quem muda um canal de televisão, continuei vivo. Pra rebater a morte, fui ver o show de vida de Elza Soares. E bebi e fumei e conversei e amei mais e mais ainda. Mas dentro de qualquer movimento, a morte de Lilian. E dei pra lembrar de uma única conversa nossa, quando ela fazia Esperando Godot, e fui entrevistá-la. Falamos uma tarde inteira. Ela era mais que linda. Era viva, sarcástica, tensa, confusa. Meio desmedida. E rainha.
Lilian era nobre. Eu pensava em atrizes, enumerava: Marília Pera, Fernanda Montenegro. E Lilian Lemmertz, com aquela raça, aquele porte, a boca inesperadamente frágil e amarga, desmentindo o brilho às vezes frio dos olhos. Um certo ar de Jeanne Moreau, e ninguém como ela. Que nem chegou a ter seu grande papel, sua Fedra, sua Petra, Seu Pixote, sua hora de estrela. Brilhante, mas, ao fundo, aquele ar de humanidade despedaçada que Marília também suporta. Ouvir Lilian falando era ficar arrepiado, olhos cheios de lágrimas: o humano excessivo aterroriza e maravilha. Igual à morte e ao amor.
Guardo Lilian na memória não como a professora de Lição de Amor, a bêbada de Caixa de Sombras ou a dona-de-casa de Baila Comigo – escolho guardá-la metida na pele de um dos vagabundos de Samuel Beckett. Barriga falsa, suspensórios, calças pelo meio da canela, chapéu-coco. Meio clown, esperando por Godot. Que chegou, afinal. Lilian estava sozinha. Ele a levou consigo. Terá sido frio seu súbito abraço? Quem sabe não.
Agora, no fim da noite de domingo, longe do colo morno do amor, a morte visita o apartamento e fico pensando em como recuperar minha imortalidade após este próximo ponto final. Preciso dela, amanhã de manhã. Quando o mundo continuará igual. Só que sem Lilian. E, portanto, um pouco mais feio, um pouco mais sujo. Mais incompreensível, e menos nobre.O Estado de S. Paulo, 10/06/86.
_____________________
Fonte: ABREU, Caio Fernando. Pequenas Epifanias: Crônicas (1986/1995). VELOSO, Gil França (Org.). Porto Alegre, Sulina, 1996, p. 13-18.
Bio fornecida pelo palestrante.